Cogestion et conservation de la nature

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Origines

De nombreuses sociétés traditionnelles formaient – et forment toujours – des systèmes relativement fermés dans lesquels les ressources naturelles sont gérées au travers d‘interactions complexes de réciprocités et de solidarités. Le dialogue et la discussion entre les parties concernées – la "cogestion" – sont toujours pratiqués dans certaines de ces sociétés. Les formes de propriété collective et de savoirs locaux sont des éléments cruciaux dans la cohésion et la soutenabilité des systèmes traditionnels. L‘émergence historique des puissances coloniales et des Etats-nations, et l‘imposition de leur autorité sur la plupart des terres et ressources naturelles communes, ont pratiquement partout conduit à la fin des systèmes traditionnels de gestion des ressources. L‘expansion capitaliste et la domination de pratiques ―scientifiques‖, modernes et basées sur des experts, ont affaibli les systèmes locaux, y compris ceux des droits coutumiers. Les conflits et la méfiance entre les populations locales et l‘Etat se sont généralisés. La gestion basée sur la communauté a largement été substituée par des pratiques imposées par l‘intermédiaire des lois nationales (e.g., la nationalisation des terres) ou par des acteurs externes. Borrini-Feyerabend et al. (2000) écrivent à ce sujet « (qu‘) évaluer si le dialogue honnête et la confrontation directe constituent la meilleure stratégie pour protéger les intérêts des groupes les moins privilégiés ne peut être fait que dans des contextes spécifiques".

Certains de ces groupes et populations optent pour la confrontation avec peu ou sans place pour le compromis. C‘est le choix de certaines populations indigènes combattant pour la reconnaissance élémentaire de leurs droits ancestraux. D‘autres tentent de trouver une place à la table des négociations avec des acteurs plus puissants (entreprises, gouvernements) et rencontrent de nombreux obstacles et difficultés. Dans certains cas, tous les populations et individus possédant des intérêts sur un territoire donné, d‘une zone ou de ressources comprennent que la coopération est nécessaire pour une gestion efficace et efficiente des ressources naturelles, et acceptent de coopérer dans l‘intérêt de chacun. Cette dernière attitude n‘est peut-être pas la plus courant mais se répand. Elle correspond à ce qu‘on désigne par "cogestion".

Eléments constitutifs

Selon la conservationniste Borrini-Feyerabend et son équipe (2000), la cogestion des ressources naturelles se rapporte à :

  • Une approche pluraliste de gestion des ressources, incluant une diversité de partenaires dans une diversité de rôles, dans le but final d‘un partage soutenable et équitable des bénéfices et des responsabilités associées aux ressources.
  • Un processus politique et culturel : rechercher la justice sociale et la "démocratie" dans la gestion des ressources naturelles.
  • Un processus nécessitant certaines conditions de base pour se développer, parmi lesquelles : (1) accès complet à l‘information sur les questions et les options pertinentes, (2) liberté et capacité de s‘organiser, (3) liberté d‘exprimer ses besoins et préoccupations, (4) un environnement social non-discriminant, (5) la volonté des partenaires de négocier et (6) la confiance du respect des accords.
  • Un processus complexe, souvent long et parfois confus, impliquant des changements fréquents, des surprises, parfois des informations contradictoires et le besoin de revenir sur ses pas.

L‘expression d‘une société mûre, qui comprend qu‘il n‘y a pas de solution "unique et objective" pour gérer les ressources naturelles mais plutôt une multitude d‘options différentes qui sont compatibles avec les savoirs indigènes et les preuves scientifiques et capable de rencontrer les besoins de conservation et de développement.

Gestion forestière participative

Né au début des années 1970, le concept de gestion forestière participative (Joint Forest Management, en anglais) est le terme officiel et répandu en Inde et ailleurs pour désigner les partenariats de gestion forestière entre l‘administration forestière nationale et les populations locales. Même si les régimes changent d‘un Etat à l‘autre, le système fonctionne avec des villageois acceptant de participer à la sauvegarde des ressources forestières en les protégeant du feu, du pâturage et de la récolte illégale en échange de quoi ils reçoivent des produits forestiers non ligneux et une partie des revenus issus de la vente des produits ligneux. Ce concept est né en réponse aux nombreux conflits autour des forêts, notamment le mouvement Chipko des années 1970 dans la région de l‘Himalaya (Guha, 2009).

L‘objectif premier de la gestion forestière participative est d‘assurer une utilisation durable des forêts pour rencontrer équitablement les besoins locaux tout en assurant la soutenabilité environnementale. La prémisse centrale de ce concept est que les hommes et les femmes qui dépendent des forêts au niveau du village ont le plus grand intérêt dans la gestion forestière durable. La base officielle de la gestion forestière participative fut élaborée par la Politique Forestière Nationale Indienne de 1988 qui prévoyait l‘implication des personnes en assurant leurs besoins de base liés à la forêt et en gérant leurs ressources locales. S‘il s‘agissait d‘une initiative de valeur, Bina Agarwal (2001) indique tout de même que certains groupes en ont été exclus sur la base du sexe ou de la caste.

Références:

  • Borrini-Feyerabend, G., Farvar, M.T., Nguinguiri, J.C. and Ndangang, V.A., 2000. Co-management of natural resources: organising, negotiating and learning-by-doing. Heidelberg: GTZ and IUCN, Kasparek Verlag. 26
  • Guha, R., 2009. The unquiet woods: ecological change and peasant resistance in the Himalaya. Expanded Edition. Delhi: Permanent Black.