Consommation responsable

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La consommation responsable est l'acte de réfléchir sur les conséquences environnementales et sociales de son acte d'achat. Le consommateur engagé, responsable et réfléchi n'est plus un simple consommateur mais un véritable consom'acteur.

Les actes d'achats responsables constituent un véritable levier économique puisqu’ils représentent tous les achats quotidiens et ponctuels, des individus, des entreprises et des collectivités. Or, ce sont bien les achats, quotidiens et ponctuels, des individus et des collectivités qui composent concrètement le chiffre d’affaires des entreprises.

Définition

Caractéristique du phénomène social de toutes les sociétés en tout temps, la consommation peut être définie comme l‘acquisition, l‘utilisation et la destruction de biens et de services. Elle consiste en la valeur des biens et des services achetés par les personnes ; les achats individuels sont agrégés dans le temps et dans l‘espace. La consommation est alors l‘agrégat de toute activité économique qui n‘entraîne pas la conception, la production et le marketing de biens et de services, et représente généralement la composante la plus importante du PIB. De nombreuses personnes jugent la performance économique de leur pays principalement en termes de niveau et de dynamiques de consommation.

Classification et modèles

La consommation peut être classée selon la soutenabilité des objets achetés. Ainsi, une classification large sépare les biens durables (tels que les voitures et les télévisions) des biens non-durables (la nourriture, par exemple) et des services (comme un restaurant). Ces trois catégories montrent souvent différents rythmes de croissance. Dans les pays Occidentaux, la consommation a augmenté de manière continue sur les 60 dernières années, à l‘exception de quelques récessions importantes. La croissance de la consommation a été plus lente que celle de l‘investissement privé ou des exportations. En particulier, les services ont toujours été systématiquement en croissance (mesurée en valeur économique et en statistiques d‘emploi) relativement stable, la croissance des biens non-durables a souvent suivi les cycles économiques et celle des biens durables a souvent dépassé les fluctuations du PIB.

Les biens et services sont consommés pour la satisfaction de besoins. Les dépenses sont influencées par le revenu et de nombreux autres facteurs : les styles de vie, les habitudes, l‘âge des membres du ménage, les attitudes envers l‘épargne et la consommation, un niveau de consommation à maintenir et améliorer au fil du temps, les décisions concernant les stratégies d‘épargne, les opportunités d‘obtenir un crédit à la consommation, les décisions d‘acquisition passée, les propositions de ventes et la sensibilité à la publicité. Alors que l‘économie orthodoxe, néoclassique insiste sur la ―souveraineté du consommateur‖, traduisant le droit des consommateurs à révéler leurs préférences dans le marché en achetant ce qu‘ils souhaitent acheter, d‘autres traditions en économie (par exemple, l‘économie institutionnelle de Thorstein Veblen) ont essayé de trouver et d‘expliquer des modèles sociaux de la consommation. Veblen forgea l‘expression ―consommation ostentatoire‖ dans le but de rendre compte du comportement des consommateurs qui achètent des biens de prestige pour montrer leur position privilégiée dans la hiérarchie sociale.

Dans les années 1970, Fred Hirsh en vint presque à prendre une position environnementaliste lorsqu‘il appliqua le terme "biens positionnels" aux produits et aux services (tels que les maisons de vacances en bord de mer ou l‘adhésion à un club de golf dans les pays arides) qui sont exclusifs par nature, et seraient inaccessibles à la majorité de la population même si les revenus devaient augmenter. En prenant cette perspective, l‘on peut se demander si les voitures sont aussi des ―biens positionnels‖ au niveau global. Vue de manière critique, la littérature s‘intéressant au marketing et à la publicité peut être utilisée pour classer et comprendre les modèles et les motivations sociales de la consommation.

Dans la théorie économique, il existe un présupposé général selon lequel les biens peuvent se substituer les uns aux autres. Si le prix des pommes augmente, les personnes achèteront des poires. Les exceptions à cette règle ont donné naissance à la notion de "préférences lexicographiques". Ces préférences sont vues comme des cas très spéciaux, tels que ceux présents dans les enquêtes s‘intéressant à la disposition à accepter une compensation, lorsque les personnes refusent d‘abandonner un beau paysage ou d‘accepter de perdre une espèce quel qu‘en soit le prix. Mais ce type de préférence n‘est pas si étrange. D‘un point de vue biologique, nous savons que la quantité minimale d‘eau ou de nourriture (énergie endosomatique) ne peut être substituée par quoi que ce soit d‘autre. En économie écologique, nous contestons l‘idée selon laquelle la consommation doit être seulement expliquée par des préférences subjectives, impénétrables.

Consommation responsable ou soutenable

L‘économie orthodoxe fait complètement l‘impasse sur le fait que toute consommation entraine des flux matériels et des transformations d‘énergie, ainsi que du travail. Les formes contemporaines de consommation posent cependant fréquemment la question de la soutenabilité ; aujourd'hui, la plupart des personnes sont d‘une façon ou d‘une autre conscientes que l‘espèce humaine laisse un héritage de destruction : changements climatiques, perte de biodiversité, épuisement de diverses ressources minérales et fossiles. Sur la dernière décennie, de nombreuses recherches ont fait s‘entrecroiser les questions de consommation avec celles de dégradation environnementale. Par exemple, l‘achat de nombreux appareils ménagers est associé avec la consommation d‘énergie, d‘eau et d‘autres ressources. D‘un point de vue d‘économie écologique, nous faisons face à un dilemme clair : d‘une part, les pressions environnementales nécessitent que la consommation soit limitée, probablement en termes absolus. D‘autre part, la plupart des économistes soutient que la consommation est associée au bien-être et ne devrait pas connaître de limites.

Attention politique

Le comportement de consommation est un déterminant important de l‘impact que la société a sur l‘environnement. Les actions que les personnes prennent et les choix qu‘elles font – consommer certains produits et services plutôt que d‘autres ou vivre d‘une certaine façon – ont tous des impacts directs et indirects sur l‘environnement, ainsi que sur le bien-être personnel (et collectif). C‘est pourquoi le sujet de la "consommation soutenable" est devenu un point d‘attention central des politiques nationales et internationales. La distinction de Manfred Max-Neef entre les "besoins" et les "satisfacteurs‖" de besoins est ici très pertinente.

Les questions posées par la soutenabilité aujourd‘hui sont de plus en plus concentrées sur le problème des modèles de consommation. Dans ce contexte, la consommation soutenable appelle à l‘intégration d‘une série de problèmes. La "consommation soutenable" est un mot générique qui sous-tend une série de questions clés telles que la rencontre des besoins, l‘amélioration de la qualité de vie, l‘amélioration de l‘efficacité, la minimisation des déchets, la prise d‘une perspective de cycle de vie, la prise en compte de la dimension éthique. (UNEP, 2001). Les pratiques et styles de vie non-soutenables continuent cependant de dominer. Les flux matériels et énergétiques doivent diminuer au niveau global mais la façon avec laquelle cet objectif doit être atteint n‘est pas claire.

Les consommateurs sont vus comme des sources diffuses et multiples de pollution. Dans ce contexte, les gouvernements comptent de plus en plus sur la conscientisation des consommateurs et l‘apport de meilleures informations sur les impacts générés par les produits dans le but d‘aider les consommateurs à faire de meilleurs choix. Mais les politiques actuelles n‘affectent que très partiellement les fondations de ces choix : la liberté d‘action est justifiée par un marché libre et sans entrave. La consommation soutenable nous demande de considérer des questions qui vont au-delà de l‘individu lorsque nous achetons. Cela n‘inclut pas seulement les impacts écologiques de nos achats mais aussi l‘équité, les droits humains et les dimensions politiques de la soutenabilité dans les processus de production et de consommation des biens et des services.

Redéfinir et s'attaquer à la consommation

En adoptant une perspective écologique, nous pouvons retourner à l‘étymologie du mot consommation. Consommation vient d‘abord de cum-summa, qui signifie faire le compte, compléter, atteindre. Il serait sage de déplacer la définition de la consommation depuis une définition qui a, par nature, impliqué la destruction pour satisfaire le plaisir humain, jusqu'aux racines étymologiques du mot, à une définition qui met l‘accent sur, apprécie et est compatible avec les processus entremêlés d‘engagement dans les relations avec les êtres (humains et non humains) dans notre environnement, qui nous complètent comme êtres humains.

Cependant, pour éviter les propositions irréalistes dans la poursuite de la consommation soutenable, les fonctions sociales de la consommation doivent être comprises. L‘histoire de la consommation nous montre comment la société de consommation actuelle est extrêmement fragmentée et multiple, concentrée sur une multitude d‘individus. Ce modèle social récent est basé sur la promotion des choix et des actions individuels. La rhétorique de la "souveraineté du consommateur" est contre-productive parce qu‘elle considère les choix comme étant individuels et échoue à démêler les influences sociales, psychologiques et institutionnelles sur les comportements privés. Ce que nous décidons d‘acheter est influencé par de nombreux facteurs, y compris notre âge et notre état de santé, notre lieu de résidence, notre revenu et notre richesse, notre humeur, nos croyances sociales et nos relations.

Les études de la consommation s‘intéressent au comment et au pourquoi les groupes et les individus consomment des biens et des services, et la façon avec laquelle cela affecte la société et les relations humaines. Les études contemporaines se concentrent sur le sens des biens, le rôle de la consommation dans la formation de l‘identité et la société du "consommateur". La consommation n‘est pas seulement une façon de rencontrer les besoins, elle est aussi une manière de produire des interactions sociales et de construire des relations au monde au travers des objets. Questionner la consommation de marchandises et l‘accumulation d‘objets nécessite d‘autres formes sociales, nécessairement plus collectives. Les questions essentielles dans l‘analyse de la consommation sont donc premièrement "Comment les produits trouvent leur chemin dans la vie des gens ?", et deuxièmement, "Comment affectent-ils et comment sont-ils affectés par les pratiques quotidiennes ?".

Références:

  • John Lintott (1998), Beyond the economics of more: the place of consumption in ecological economics, Ecological Economics 25 (1998) 239 – 248
  • UNEP (2001), Consumption Opportunities: Strategies for Change, United Nations Environment Programme, Paris.
  • Tim Jackson, Motivating Sustainable Consumption. A review of evidence on consumer behaviour and behavioural change. A report to the Sustainable Development Research Network, 2005 : http://www.comminit.com/en/node/219688

Lien avec d'autres aspects de l'économie sociale et solidaire

Le commerce équitable est une forme de consommation responsable, appliquée aux pays du Sud par le consommateur du Nord. Mais la consommation responsable dépasse le domaine du commerce équitable. Elle ne se propose pas de limite et s'applique à tous les produits et à l'ensemble de leurs impacts.


Liens externes