Empreinte écologique

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"Le concept de l’empreinte écologique, développé dès le début des années 90 au Canada par William Rees et Mathis Wackernagel, est un «outil comptable qui nous permet d’évaluer la consommation des ressources et les besoins d’absorption des déchets d’une population humaine ou d’une économie données, en termes de la superficie correspondante de sol productif ».

Tous les échanges de matière et d’énergie avec l’écosphère requièrent une certaine surface de terre écologiquement productive afin de produire les ressources et l’énergie nécessaires, et d’absorber les déchets du sous-système économique humain. Le calcul de l’empreinte écologique, qui prend en compte l’énergie, l’environnement construit, les denrées alimentaires et les produits forestiers, présente des résultats d’analyses préoccupants : tandis que la taille de l’empreinte d’un Nord Américain atteint presque 10 hectares par habitant, la moyenne per capita de l’Europe de l’Ouest se situe aux alentours de 5 ha/hab, tandis qu’elle est d’à peine 1,5 ha en Asie ou en Afrique. Mais les calculs montrent également autre chose. La taille moyenne mondiale de l’empreinte est actuellement environ de 2,3 hectares par habitant, tandis que la surface écologiquement productive réellement disponible est seulement de 1,9 hectares par personne. Comment est-ce possible ? Cet écart indique que dans son ensemble, l’humanité est en surcharge par rapport à la capacité de porter à long terme de la planète. En d’autres termes, nous consommons les ressources naturelles à un taux supérieur à leur taux naturel de renouvellement. Un calcul rapide montre que si tout le monde adoptait le même train de vie qu’aux Etats-Unis, il faudrait au moins cinq planètes pour permettre à l’humanité de maintenir ce niveau de confort matériel."

Extrait de "Développer une économie écologique", Emmanuel Prinet,D, disponible ici.

Introduction et définition

Conçue au début des années 1990 par William Rees et Mathis Wackernagel de l‘Université de Colombie britannique, l‘empreinte écologique est maintenant largement utilisée par les scientifiques, les entreprises, les gouvernements et les organisations de la société civile, travaillant au suivi de l‘utilisation des ressources écologiques et progressant dans la voie d‘un développement soutenable. L‘empreinte écologique est une mesure de la demande humaine sur les écosystèmes terrestres. Elle compare la demande humaine sur la nature avec la capacité écologique de la Terre à régénérer les ressources et à fournir des services écosystémiques. L‘empreinte écologique représente la somme des terres biologiquement productives et des zones aquatiques nécessaires à la production des ressources d‘un individu, d‘une population ou d‘une activité, et à l‘absorption des déchets qui y correspondent, étant donné la technologie et les pratiques de gestion des ressources en vigueur. Cette zone peut ensuite être comparée avec le total des zones disponibles pour générer ces ressources et absorber les déchets.

Méthodologie de l‟empreinte écologique

L‘analyse de l‘empreinte écologique calcule la demande combinée pour les ressources écologiques, exprimées comme la surface globale moyenne nécessaire à une activité humaine spécifique. Les demandes pour la production de ressources et pour l‘assimilation des déchets sont traduites en unités de surface, en divisant le montant total d‘une ressource consommée par la récolte d‘un hectare, ou en divisant les déchets émis par la capacité d‘absorption d‘un hectare. Les récoltes sont calculées en se basant sur diverses statistiques internationales, principalement de la FAO. Un élément important dans les calculs de l‘empreinte écologique, particulièrement pour les pays riches, est que la surface des terres couvertes de végétation nouvelle qui absorberait les émissions de dioxyde de carbone y est inclue (en contraste avec les terres utilisées pour la production de nourriture ou de bois). En fait, une grande partie du dioxyde de carbone produit par l‘activité humaine n‘est pas absorbée via le processus de photosynthèse terrestre mais est absorbée par les océans, le reste (environ la moitié) s‘accumulant dans l‘atmosphère et causant une augmentation de l‘effet de serre.

Dans les calculs de l‘empreinte écologique, les zones terrestres et aquatiques sont pondérées en fonction de leur productivité biologique. Cette pondération rend possible les comparaisons entre différents écosystèmes avec des niveaux de productivité biologique différents et entre différentes régions du monde avec la même unité, l‘hectare global. Six types principaux d‘utilisation du sol sont pris en compte dans les calculs de l‘empreinte écologique : les terres cultivées, les pâturages, les aires de pêche, les forêts pour le bois de construction et de chauffage, les forêts pour l‘absorption de dioxyde de carbone, et les zones bâties. Il existe une demande et une offre pour chaque type d‘utilisation du sol.

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Figure 1 – Empreinte écologique par pays (Source : Ecological Footprint Atlas 2009)

L‘empreinte écologique d‘une population est généralement calculée depuis une perspective de consommation, c‘est-à-dire qu‘elle mesure la surface demandée par la consommation finale des résidents de ce pays. Cela inclut la consommation des ménages mais aussi leur consommation collective de routes, d‘écoles, etc. La plupart des études et des rapports publiés sur l‘empreinte écologique font référence à cette perspective. Cependant, l‘empreinte écologique peut aussi être calculée en se basant sur la production. Dans ce cas, l‘empreinte écologique de la production primaire d‘un pays est la somme des empreintes écologiques de toutes les ressources récoltées/exploitées et de tous les déchets générés dans les frontières géographiques du pays. La différence entre les estimations fournies par ces deux perspectives correspond à la balance entre les importations et les exportations.

Résultats et utilisation de l‟empreinte écologique

Les mesures telles que l‘empreinte écologique sont des outils utiles dans le débat sur la soutenabilité puisque qu‘elles permettent de donner une représentation intéressante et facilement compréhensible de l‘utilisation actuelle des ressources naturelles. Par exemple, Wackernagel a utilisé, avec son équipe, l‘analyse de l‘empreinte écologique pour estimer combien de planètes Terre il faudrait pour maintenir l‘humanité si tout le monde vivait selon un style de vie donné. Selon l‘Ecological Footprint Atlas (Atlas de l‘Empreinte Ecologique 2009 – disponible sur http://www.footprintnetwork.org/images/uploads/Ecological_Footprint_Atlas_2009.pdf), en 2006, l‘empreinte écologique totale de l‘humanité était de 17,1 milliards d‘hectares globaux ; avec une population de 6,6 milliards d‘humains, l‘empreinte écologique individuelle moyenne était de 2,6 hectares globaux. La surface terrestre et aquatique biologiquement productive sur la Terre était estimée à approximativement 11,9 milliards d‘hectares, ou 1,8 hectare global par personne. Cela signifie donc que l‘humanité utilisait, en 2006, l‘équivalent de 1,4 Terre pour assurer son niveau de consommation. Il s‘agit évidemment d‘une métaphore puisqu'il n‘y a seulement qu‘une Terre. Ce résultat est largement dû à la prise en compte de surfaces pour absorber les émissions de dioxyde de carbone.

Les comparaisons globales montrent également clairement les inégalités d‘utilisation des ressources à l‘échelle mondiale. L‘empreinte écologique par habitant est un moyen de comparer la consommation et les styles de vie. Alors qu‘un habitant moyen du Bangladesh ou du Népal consomme 0,5 hectare global (en 2006), un Chinois moyen utilise 1,8 hectare global et un Américain moyen, 9 hectares globaux (Figure 1) L‘empreinte écologique est maintenant largement utilisée partout dans le monde comme un indicateur de soutenabilité environnementale. L‘empreinte écologique peut guider la politique en examinant la mesure dans laquelle un pays, une région ou une ville utilise plus (ou moins) que ce qui est disponible sur son territoire, ou si le style de vie du pays est reproductible dans le monde. Elle peut aussi constituer un instrument utile pour informer les personnes sur les notions de capacité de charge et de surconsommation, avec le but d‘influencer les comportements individuels. L‘empreinte écologique peut être utilisée pour examiner la soutenabilité des styles de vie individuels, des biens et des services, des organisations, des secteurs industriels, des villes, des régions et des pays. Certains sites Internet d‘ONG permettent d‘évaluer les empreintes écologiques individuelles (http://www.footprintnetwork.org/en/index.php/GFN/page/personal_footprint/ ou http://www.myfootprint.org/).

Problèmes

Le Global Footprint Network (www.footprintstandards.org) a développé le premier ensemble de normes méthodologique de l‘empreinte écologique en 2006, en détaillant les procédures de communication et de calcul, et continue à travailler à une méthodologie standardisée.

L‘empreinte écologique est un indicateur facile à communiquer et à comprendre, et qui inclut un message fort de conservation. L‘indicateur est plus efficace, significatif et robuste à des niveaux agrégés (niveau national et au-delà) mais des questions ont été émises quant à l‘utilisation de l‘empreinte écologique comme un indicateur de soutenabilité. De nombreuses critiques se rapportent au manque de considération portée aux aspects tels que la dégradation des sols, la perte de biodiversité, la toxicité pour les humains et les écosystèmes, etc. Des questions telles que la distinction entre l‘agriculture intensive et extensive, la multifonctionnalité des écosystèmes et la rareté des ressources ont également été posées. Il faut reconnaitre que l‘utilisation de ressources naturelles implique un grand nombre d‘impacts environnementaux différents. Un seul indicateur n‘est pas capable d‘illustrer la complexité de ces impacts et de leurs interactions. De plus, deux questions importantes ne sont pas correctement abordées dans les calculs de l‘empreinte écologique. Premièrement, quelle surface faut-il allouer à la maintenance d‘autres espèces ―sauvages‖ ? Deuxièmement, pourquoi exprimer le problème des émissions excessives de dioxyde de carbone en termes de surfaces hypothétiques nécessaires pour les absorber ?

Par conséquent, l‘évaluation de la soutenabilité ne doit pas reposer sur l‘utilisation d‘un seul outil ou indicateur mais utiliser une palette d‘indicateurs couvrant différentes perspectives et dimensions de la soutenabilité. Voyez, par exemple, le Living Planet Report (Rapport Planète Vivante) du WWF (http://www.panda.org/about_our_earth/all_publications/living_planet_report/lpr_2008/). L‘empreinte écologique peut être un outil puissant et utile dans ce contexte.

Références:

  • Mathis Wackernagel et William Rees, Notre empreinte écologique, Les Éditions Écosocieté, Montréal, 1999, (ISBN 2921561433)
  • Best, A., S. Giljum, C. Simmons, D. Blobel, K. Lewis, M. Hammer, S. Cavalieri, S. Lutter and C. Maguire. 2008. Potential of the Ecological Footprint for monitoring environmental impacts from natural resource use: Analysis of the potential of the Ecological Footprint and related assessment tools for use in the EU‗s Thematic Strategy on the Sustainable Use of Natural Resources. Report to the European Commission, DG Environment.
  • Ewing B., S. Goldfinger, A. Oursler, A. Reed, D. Moore, and M. Wackernagel. 2009. The Ecological Footprint Atlas 2009. Oakland: Global Footprint Network.
  • van den Bergh, J. and H. Verbruggen, 1999, Spatial sustainability, trade and indicators: an evaluation of the ‗ecological footprint‗, Ecological Economics, Vol. 29(1): 63-74.
  • Wackernagel, M. and W. Rees. 1996. Our Ecological Footprint: Reducing Human Impact on the Earth. New Society Publishers.
  • Wackernagel, M., N., Schulz, D. Deumling,, A. Callejas Linares, M. Jenkins, V. Kapos, C.

Monfreda, J. Loh, N. Myers, R. Norgaard, and J. Randers. 2002. Tracking the ecological overshoot of the human economy. Proceedings of the National Academy of Sciences, Vol. 99, Issue 14, pages 9266-9271, July 9, 2002.

Liens externes

Autres références

(extrait de la définition de "Empreinte Ecologique" du Lexicommon

Aurélien Boutaud, Natacha Gondran, L’empreinte écologique, La Découverte, Collection : Repères n°527, Juillet 2010.

Aurélien Boutau, Développement Durable, Quelques vérités embarrassantes, Économie & Humanisme, numéro 363, décembre 2002 : http://www.revue-economie-et-humani...

Pierre Bosshard, Empreinte écologique de la Chine en Afrique, Alternatives Sud, Vol. 18, N° 2, 01/05/2011.

Aurélien Boutaud, Empreinte écologique et démographie, Silence, N° 389, 1/04/2011.

Frédéric Paul Piguet, Isabelle Blanc, Tourane Corbiere-Nicollier et Suren Erkman, L’empreinte écologique : un indicateur ambigu, Futuribles n° 334 - octobre 2007 : http://www.futuribles-revue.com/ind...

L’empreinte écologique, Indicateur sous pression, La Revue Durable, N° 28, 1/04/2008.

L’empreinte écologique, pour comprendre les limites de la planète, La Revue Durable, N° 23, 1/02/2007.

Jean Van Bergenhenegouwen, Sur la piste de l’empreinte écologique, 2004.

Bibliographie tirée du Wikipedia :

Mathis Wackernagel, Le dépassement des limites de la planète, L’Ecologiste no 8, octobre 2002, pp. 31-36.

Thierry Thouvenot, L’empreinte écologique de la France, L’Ecologiste no 8, octobre 2002, pp. 37-40.

Florent Lamiot, L’empreinte écologique des villes, revue Etudes Foncières no 102 (mars avril 2003), pp. 8 - 15.

Ouvrage collectif, L’empreinte écologique, éditions Sap (2006).

Vidéo : Benoît Theau, L’empreinte écologique, l’impact de nos consommations sur le capital naturel, 2006.