Indicateurs de progrès des sociétés

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Face à la marchandisation croissante des activités humaines et aux limites écologiques de notre planète, une évaluation plurielle de la Richesse est déterminante dans la construction d'un autre modèle de développement. Derrière la nécessité de produire des indicateurs sociétaux face à la prééminence des indicateurs économiques, l'enjeu est celui des conditions politiques pour créer un débat politique et démocratique sur les finalités des activités économiques et sur une redéfinition de la richesse.

En effet, la question de l’évaluation et des indicateurs ne peut plus constituer le monopole de l’expertise économique des dirigeants et directeurs financiers des firmes multinationales, actionnaires institutionnels, économistes institutions multilatérales et ministres des finances. Elle est au cœur de l’outillage nécessaire à l’organisation d’un débat public permettant une appropriation citoyenne et critique d’une approche néo-libérale qui tend à réduire les comportements économiques à la recherche du profit, l’économie au marché et la richesse à la croissance du PIB.

L'Economie Solidaire doit présenter d'autres mesures de la richesse aux niveaux micro et macro afin de montrer, entre autres, en quoi les activités d'économie solidaire génèrent non seulement une utilité économique et de développement durable mais aussi une Utilité sociale qui s'exprime en termes de lien social, de lutte contre les inégalités et l'exclusion et de démocratie économique. Ces indicateurs permettent aussi et surtout de définir des Politiques publiques qui favorisent les initiatives d’économie solidaire.

Qu’est-ce qu’un indicateur ?

Un indicateur est un ensemble de données, résumées en un indice quantifiable qui permet de simplifier, mesurer, comparer et communiquer de l’information, donnant ainsi de la visibilité aux comportements des acteurs ou des systèmes et à leur évolution. C’est un outil d’évaluation, de dialogue et de prises de décision pour les acteurs sociaux. Il est par essence limité puisqu’il ne représente que certains aspects d’une réalité complexe.


Pourquoi des indicateurs de richesse ? Les indicateurs économiques traditionnels se contentent de mesurer les différents aspects de la réalité économique, sociale et environnementale en termes quantitatifs et monétaires, dans le cadre de marchés existants. L’économie solidaire se donne une perspective différente : Tout n’est pas quantifiable ni interchangeable. D’où la proposition de créer des indicateurs qualitatifs, reproduisant les richesses autre que monétaire ( cohésion de la société, degré de confiance, indice du bonheur ou de bien-être social, etc.).

La notion de richesse

La notion de richesse a été réduite à celle de richesse monétaire. Peut-on la conserver dans la perspective d’un développement alternatif. Le débat public le dira. C’est celle utilisée par plusieurs auteurs de langue française (Dominique Méda, Jean Gadrey, Patrick Viveret, etc) alors que les Anglo-saxons utiliseront plutôt les notions de développement durable, progrès social, bien-être économique et social ou encore la notion de bonheur au Bouthan). Dans ce contexte, la notion de richesse est liée au « développement des facultés – physiques, morales, civiles, politiques, économiques… - (qui permet) de penser un développement pluriel par le moyen d’une « culture » (), d’un approfondissement, d’une perpétuelle formation de celles-ci, en même temps qu’elle permet de répondre aux « aspirations » et aux désirs pluriels des hommes…nos facultés et nos désirs ne sont pas épuisés et satisfaits par la seule production ou consommation, () l’on doit prendre en compte les autres désirs, de paix, de beauté, de relations denses, de jeu, de participation… » Méda, 1999 . Cette notion est aussi à rapprocher de la notion d'abondance, essentielle pour l'économie solidaire.

Exemples d’indicateurs alternatifs au PIB

L’IDH

Le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) publie depuis les années 90, l’Indice de Développement humain, plus connu sous le noms d’IDH. Il s’agit de la moyenne de trois indicateurs permettant de classer les pays sur une échelle de 0 à 1 : le PIB par habitant, l’espérance de vie à la naissance et le niveau d’instruction. Le PNUD publie aussi des indicateurs liés à la participation économique et politique des femmes et depuis 1997, l’IPH indicateur de pauvreté humaine. L’IDH, malgré ses limites, a la vertu de placer l’être humain au centre du débat sur le développement. Il a également mis à mal l’illusion que croissance économique allait de pair avec une amélioration de la qualité de vie, notamment dans les pays anglo-saxons.

L’IBES (ou ISEW en anglais)

Originellement conçu par Daly et Cobb (1989), cet indicateur corrige en partie le PIB, en comptabilisant a) une pondération du PIB en fonction de distribution du coefficient de Gini (mesure des inégalités sociales) ; b) en déduisant les « frais défensifs » (dépenses liées à la santé, le temps de transport pour se rendre au travail, la pollution de l’eau ou de l’air, etc.) et c) en ajoutant des « dépenses positives » ou des éléments non comptabilisés en général comme le travail non rémunéré des femmes. Calculé pour le Royaume-Uni, l’Autriche, l’Allemagne, les Pays-Bas et la Suède pour la période 1950-1996, l’IBES a démontré que croissance économique ne rime pas forcément avec plus de bien-être économique.

L'indicateur de Progrès Véritable

Indicateur en développement au Québec depuis 25 ans.

L’élaboration de l’IPV prend comme cible le « progrès véritable », c’est-à-dire l’objectif du développement tel qu’identifié par la Loi sur le développement durable de 2006 : le bien-être, « une vie saine et productive » pour les citoyens.

Alors que le PIB ne mesure que l'activité économique monétaire, l'IPV :

  • ajoute au PIB la valeur estimée des activités économiques non monétaires, comme le travail domestique ou les activités bénévoles ;
  • retranche du PIB la valeur estimée des richesses naturelles perdues (dommages à l'environnement, destruction des ressources non renouvelables, etc.) et des dégâts sociaux (chômage, délits, crimes, délinquances, accidents, maladies, inégalités, etc.)

La « vraie richesse », Banque Mondiale

La Banque Mondiale (1995) établit que « le processus de développement durable est fondamentalement celui de créer, maintenir et administrer la richesse », définie comme la somme du capital humain et naturel d’un pays.

Le BIB – Bonheur Intérieur Brut

La BIB remplace le PIB au Bhoutan, un petit pays situé dans les Himalayas, au sud du Tíbet. L'objectif du BIB est de servir de paramètre à des objectifs de développement humain, qui orientent l'activité économique de la société et la gestion des politiques économiques d'un gouvernement. Cette pratique de gouvernance part du concept selon lequel le véritable développement a lieu quand coexistent développement matériel et spirituel, qui se complètent et se renforcent. Ses quatre piliers fondamentaux sont:

  • Développement socioéconomique équitable et durable
  • Conservation et promotion des valeurs culturelles du pays
  • Conservation de l'environnement naturel
  • Démocratie intégrale accompagnée de bonne gouvernance. (Arruda, 2008)

La matrice des besoins et des « satisfacteurs » de Max-Neef

En 1986, Manfred Max-Neef et Antonio Elizalde développe un cadre de références opérationnel pour une économie « à échelle humaine ». Pour ces auteurs, le développement se réfère à des personnes et non à des objets, ils distinguent une série finie de besoins de base invariables pour toute l’humanité, ce sont les neuf besoins fondamentaux (subsistance, protection, affect, compréhension, participation, loisirs, création, identité, liberté) à décliner selon 4 catégories existentielles (être, avoir, faire, être dans). Cette matrice permet de visualiser les possibilités que chaque groupe humain possède pour répondre à ses besoins ("satisfacteurs") selon ses limitations et ses aspirations. Il existe ainsi différentes sortes de pauvreté, pas seulement liées à la survie, comme le pensent les économistes, mais par exemple, liée à l’affection, en raison d’une présence importante de la discrimination de genre ou de race, d’identité en fonction de discriminations religieuses ou idéologiques, etc. Les réponses aux besoins fondamentaux doivent donc être systémiques pour oeuvrer à un véritable développement.

Un indicateur avec différentes dimensions

Des indicateurs de richesse devraient couvrir les domaines suivants :

  • Dimension économique: destinés à reconnaître les aspects relatifs à la performance de l’initiative d’économie solidaire, aux conditions de marché, aux bénéficiaires (demande, offre), etc.
  • Dimension de la solidarité interne/responsabilité microentrepreneuriale: adéquation à la mission: destinés à évaluer la façon dont se réalisent les initiatives d’économie solidaire. · Dimension changements dans les comportements individuels: destinés à évaluer l’incidence des activités de l’économie solidaire sur les personnes (dans leur dimension intégrale) qui les réalisent.
  • Dimension relation/solidarité avec la communauté: destinés à évaluer, d’un côté, le comportement des initiatives dans le respect à la communauté où elles sont mises en œuvre et les conditions mises en place (par la communauté) pour les faciliter.
  • Dimension politique: destinés à évaluer l’apport global des activités à la vie de la communauté. * Dimension culturelle: l’économie solidaire comme élément de renforcement de l’identité communautaire
  • Dimension environnementale : destinés à évaluer les impacts sur les ressources et l’environnement en général.

Bibliographie

  • Les nouveaux indicateurs de richesse, Jean gadrey, Florence Jany-Catrice, La découverte, Paris, 2005.
  • A outra Economia, coordonné par Antonio David Cattani, Veraz Editores, Brésil, 2003, article : Indicadores da economia solidária.