Pic pétrolier

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Contexte

Les économies industrialisées modernes sont hautement dépendantes d‘un ensemble de ressources non renouvelables. La rareté et l‘appauvrissement de certaines d‘entre elles a d‘ailleurs déjà été un sujet d‘inquiétude important pour les économistes et les théoriciens, comme la disponibilité en terres l‘a été pour Malthus ou le charbon l‘a été pour Jevons (1865). Ces considérations ont été occultées par les générations suivantes d‘économistes lorsque le potentiel des fertilisants et du pétrole devint évident, facilitant l‘émergence de l‘agriculture moderne. Il fallut attendre les années 1970, au cours desquelles deux chocs pétroliers successifs eurent lieux, et la publication de The entropy law (Georgescu-Roegen 1971), Les limites de la croissance (Meadows, Meadows et al. 1972) et d‘autres livres de H.T.Odum, Barry Commoner ou F. Schumacher, pour que le débat reprenne à nouveau vigueur.

Définition

Aujourd‘hui, étant donné que l‘appauvrissement des « ressources prouvées » de pétrole n‘est plus éloigné que de 40 années, le débat autour des limites des ressources non renouvelables est devenu sensiblement moins marginal et abstrait. Toutefois, son point de départ, à savoir l‘appauvrissement, est mal conçu. Le moment critique pour la société humaine n‘est pas de savoir quand la dernière goutte de pétrole sera extraite ; puisque cela n‘aura en fait jamais lieu. Récupérer cent pour cent des gisements d‘une ressource est physiquement et économiquement impossible. Les sources conventionnelles de pétrole par exemple, ne peuvent être exploitées qu‘à la hauteur de 35% de leur capacité totale. Le point critique est plutôt celui du pic maximum d‘extraction, étant donné que c‘est le point à partir duquel la ressource cesse d‘être « bon marché ». Les prix n‘augmenteront plus seulement parce que la demande dépassera constamment l‘offre, mais également parce que la seconde moitié des ressources restantes est généralement de mauvaise qualité, plus difficile à extraire ou située dans des régions politiquement instables (ex : Nigeria).

Dans le cas du pétrole, ce phénomène est aujourd‘hui appelé le pic du pétrole et fut initialement décrit par le géologue M. King Hubbert (1949). Celui-ci expliqua que les pics de production en forme de cloche qui pouvaient être observés pour certains champs pétrolifères arriveraient petit à petit pour des régions, des pays et, finalement, au monde entier. Ces pics de production et la forme de la courbe pourraient être prédits grâce au pic de la courbe de découverte de nouveaux gisements. Pour que cette théorie se vérifie, certaines conditions doivent être respectées.

Premièrement, la ressource doit être

Figure 1 : Source : ASPO)

importante, afin que sa demande augmente régulièrement au fil du temps. En fait, on pourrait émettre l‘hypothèse que l‘abondance de certaines ressources et par conséquent leur faible coût en lui-même stimuleraient dans un premier temps l‘augmentation de leur demande. Par la suite, ce serait l‘augmentation des utilisations que l‘on ferait de ces ressources qui ferait en grande partie augmenter cette demande. Deuxièmement, la substitution doit être coûteuse, difficile ou impossible. Troisièmement, l‘accès au marché de cette ressource doit être garanti, par exemple l‘extraction doit en être autorisée par son possesseur (généralement les Etats-Nations). Plus la ressource est importante, plus la pression internationale pesant sur son détenteur sera grande pour autoriser cet accès. Enfin, des profits importants doivent pouvoir être obtenus par l‘entité (Etat ou compagnie privée) impliquée dans le processus d‘extraction de la ressource. Plus les profits dégagés seront importants, plus l‘incitant à autoriser l‘accès à la ressource sera important. Les USA nous procurent un modèle appréciable afin d‘illustrer ces différentes conditions. La découverte de pétrole y a culminé en 1930, ce qui a permis à Hubbert (1956) de prédire le pic américain en 1971, soit à quelques mois seulement du réel pic, qui eut lieu en octobre 1970. Dans le cas où les conditions nécessaires ne sont pas remplies (ex : le détenteur n‘autorise pas totalement l‘accès à la ressource pour des raisons politiques), la courbe d‘appauvrissement peut différer de celle décrite par Hubbert, du moins à court terme.

Aujourd‘hui, le débat sur le pic du pétrole est devenu très animé (Hirsch, 2005). Des désaccords profonds existent à propos de quand arriverait ce pic et à quel point il serait important pour l‘économie mondiale. D‘un côté on retrouve les « géologues », qui sont aussi appelés les « pessimistes » car ils soutiennent que le pic du pétrole est plus ou moins imminent et aura des conséquences dévastatrices sur la société humaine (ex : Campbell et Laherrere, 1998). Cette position est proche des économistes écologiques, qui croient généralement en la rareté absolue des ressources de faible entropie (ex : Georgescu-Roegen, 1971).

De l‘autre côté on retrouve les « optimistes » qui soutiennent que le marché, en augmentant le prix du pétrole quand la rareté se fera ressentir, mènera à une augmentation des explorations et stimulera l‘inventivité humaine à développer des substituts et des alternatives au pétrole. On fait également référence à ce groupe via le terme « d‘économistes », car ils pensent que les forces du marché et des changements technologiques transformeront le pic du pétrole en simple anecdote sans aucun potentiel de bouleversement pour l‘économie. En droite ligne avec ce raisonnement, le Ministre saoudien du Pétrole, Sheikh Ahmed Zaki Yamani dit un jour : « L‘âge de la Pierre se termina un jour, mais pas pour un manque de pierre. De même, l‘âge du pétrole prendra fin, mais pas par manque de pétrole ».

Un argument important avancé par les « pessimistes » est que, puisque chaque système possède sa source d‘énergie particulière, le système change en même temps que celle-ci. Ils l‘utilisent pour contrer les personnes expliquant qu‘il est très facile de remplacer le pétrole ou le gaz via, par exemple, le sable bitumineux, le nucléaire ou l‘énergie renouvelable (agrocarburants, solaire, éolien, géothermique). En effet, selon eux, si les propriétés de la nouvelle source d‘énergie sont différentes en termes d‘énergie nette (Odum, 1971) ou de retour sur investissement énergétique (EROI), ce qui est le cas pour les alternatives au pétrole et au gaz dont nous avons connaissance, alors le système économique humain serait condamné à changer radicalement.

D‘autres concepts importants de l‘économie écologique sont ceux de science post-normale et de complexité, en rapport avec le pic du pétrole tant que l‘on parle de l‘optimisme technologique des « économistes » mentionné ci-dessus. La croyance positiviste selon laquelle tous les problèmes humains ont une solution technologique qui peut être inventée par l‘intelligence humaine semble être l‘un des éléments ayant poussé à ne pas considérer le pic du pétrole comme un problème urgent dans les arènes appropriées. Le pic du pétrole n‘apparait pas véritablement dans les livres de référence d‘économie comme il aurait dû l‘être depuis les années 1950. En fait, la plupart des avancées technologiques de nos sociétés résultent de et sont dépendantes de l‘énorme afflux d‘énergie que nous tirons des énergies fossiles.

Enfin, le pic du pétrole a une implication importante pour les conflits qui ont lieu aux frontières extractives. Bien sûr, ceci est d‘actualité pour l‘exploration et les forages pétroliers, qui avancent de plus en plus loin dans les lieux intouchés (comme dans certaines parties des forêts amazoniennes ou de l‘Alaska) mais aussi pour la plupart des autres matières premières.

Références:

  • BP. (2008). " Oil reserves." http://www.bp.com/sectiongenericarticle.do?categoryId=9017934&contentId=7033489 Retrieved 1st April, 2008.
  • Campbell, C. and J. Laherrere (1998). "The end of cheap oil." Scientific American (March): 78-84.
  • Georgescu-Roegen, N. (1971). The Entropy Law and the Economic Process. Cambridge. Mass., Harvard University Press.
  • Hirsch, H. L., Bezdek, R., Wendling, R., (2005). Peaking of World Oil Production: Impacts, Mitigation, & Risk Management, Report to US DOE, February 2005.
  • Hubbert, M. K. (1949). "Energy from fossil fuels." Science 109(2823): 103-109.
  • Hubbert, M. K. (1956). Nuclear Energy and the Fossil Fuels. Meeting of the Southern District Division of Production, American Petroleum Institute San Antonio, Texas, Publication No. 95. Houston: Shell Development Company, Exploration and Production Research Division.
  • Jevons, W. S. (1865). The Coal Question; An Inquiry concerning the Progress of the Nation, and the Probable Exhaustion of our Coalmines. London, Macmillan and Co.
  • Meadows, D. H., D. l. Meadows, et al. (1972). The limits to growth : a report for the Club of Rome's project on the predicament of mankind. New York, Universe Books.